Aux origines de Villebon-sur-Yvette

Voici le premier d'une série d'articles sur l'histoire de Villebon et ses environs. L'objectif de l'atelier "le temps des cerises", créé à la MJC en septembre 2004, est de prolonger le travail accompli par nos prédécesseurs, dont les Villebonnais Marius Denigot et Henri Zantman, l'Orcéen Christian Montenat, les Palaisiens Gabriel Dauphin, Jean Cattant et Bernard Bertet, parmi bien d'autres. Pour préserver notre patrimoine commun, nous invitons ceux qui le souhaitent à travailler avec nous à sa connaissance et à sa valorisation.

Les recherches que j'ai effectuées sur le nom de notre ville m'amènent à proposer des pistes nouvelles sur sa possible signification, grâce à la toponymie, étymologie des noms de lieux, utilisée avec sérieux et précaution.

PIERRE GERARD

La graphie la plus ancienne que nous connaissions pour Villebon est "villa bona". Elle apparaît dans le Cartulaire de l'Abbaye de Longpont-sur-Orge, avec Galterius de Ville Bona et son fils Hugo, vers 1090. Ils acceptaient au nom des religieux de Longpont, les dons du seigneur Milon de Montlhéry, de terres à Montlhéry et près d'Orsay. Azo de Villabona apparaît vers 1100 comme témoin dans le même Cartulaire, pour une donation faite par Tescelin de Palaciolo (Palaiseau). Le terme actuel de Villebon apparaît en 1401 dans le Censier des Chartreux de Saulx.

Villebon : la bonne ferme ?

Jusqu'ici les historiens ont expliqué ainsi "villa bona" ; cela est plausible. Cette traduction est fondée sur une terminologie latine, apparue dans des textes connus du XIème siècle. Mais une question importante se pose : le terme de villa existait-il avant cette date ou a-t-il été ajouté alors ? A cette époque les savants religieux travaillaient sur des noms de lieux entendus et pas forcément écrits. Leur langue de travail était le latin, comme aujourd'hui les scientifiques utilisent l'anglais.

D'après le Dictionnaire étymologie des noms de lieux de France (Dauzat et Rostaing), Villebon viendrait du nom d'homme germain Abbo. Dans ce même ouvrage, Villabon (Cher) viendrait de villa Abbonis (1180), tandis que le Villebon (Eure-et-Loir) était également dit villa bona vers 1180 et Vilebon en 1250.

Abon, Abbon, Ebbon sont des noms de famille gaulois ou germaniques. Abbon fut le prénom de plusieurs évêques de Sens. Bonno était un nom de famille germanique. Enfin le terme gaulois abon semble signifier "rivière", origine probable d'Avon (Seine-et-Marne).

Villa bona peut ainsi provenir d'une latinisation médiévale du nom d'origine réalisée par des greffiers, ou représenter la fondation d'une villa gallo-romaine. Les villae gallo-romaines, apparues dès le IVème siècle, sont des domaines agricoles, comportant une partie urbaine et une partie rurale. Si nous choisissons cette origine, le site du vieux village de Villebon contiendrait des vestiges de la partie urbaine ayant évolué en château et la partie rurale serait le hameau de Villiers.

Recherches sur le terme bona

Bona, d'origine gauloise, devenu en bas-latin bodina, botina ou butina, signifie "fondation, borne". Il a évolué en ancien français pour devenir successivement bodne, borne ou bosne, puis bone. Le français, né du patois picard adopta "borne" (Noms de lieux d'Ile-de-France, M. Mulon, éditions Bonneton et Dictionnaire de l'ancien français, le moyen-âge, par A.J. Greimas, Larousse).

Une borne, placée au bord d'une voie antique, est un élément de fondation ou simplement un moyen de communication : distance, remerciements à un notable, à un dieu... Elle peut fixer un passage, un gué sur une rivière, voire représenter une frontière.

Selon Les Noms de lieux de Paris et de l'Ile-de-France, (CRDP de Paris), bona, avec un diminutif onia, donne Bononia (Bologne, Italie) et Boulogne en France (Boulogne-sur-mer, Boulogne-Billancourt...).

Le Village

Le village de Villebon au début du XXème siècle

Comparaisons

Bien des localités de l'Essonne ou des environs immédiats comprennent le terme "bon(n)a". Ainsi l'ancien nom de Chamarande, était Bonnes, de "Bonna" ; Torfou est un nouveau village qui fut créé au moyen-âge sur un emplacement dit le "vieux Bonnes". De même Baulne, placée sur un ancien chemin franchissant l'Essonne, s'appelait Bona au XIIème siècle. Le passage de la Juine à Saclas (Salioclita, haie de saule ?) par une voie romaine de Paris à Orléans (?, Itinéraire d'Antonin, mansio (53,3 km) à M P XX IV de Genabum et Lutétia) est un gué ancien où se trouvent plusieurs lieux-dits nommés Bonne. Une borne miliaire y a été découverte à la fin du XIXème siècle, dédiée à l'Empereur Aurélien (Smirnium, Illyrie, 212, Cénophrunion, Thrace, 275), commandant en chef de la cavalerie de Claude, à la mort de ce dernier il fut proclamé empereur par les armées (270-275), refoula les Vandales, les Alamans, triompha de la reine de Palmyre, Zénobie, en 272 et de Tétricus maître de l'Empire des Gaules en 274) et institua à Rome le culte de Sol Invictus, fêté le 25 décembre, se faisant lui-même appeler deus invictus). Cet endroit semble être une limite entre les deux cités, la civitas Senonum et la civitas Carnutorum.

Dans les Yvelines Bonnelles, placées comme Villebon sur la voie antique de Paris à Chartres, aurait été une bonnella villa, de botina, borne, située sur la limite des Parisii et des Carnutes.

Dans l'espace celte on trouve Lillebone, Juliobona, Troyes, Augustobona, Bonn, Bonna, ville gauloise sur le Rhin, Regensburg, Ratisbonna. Enfin Vienne (Autriche), Vindobona romaine, succéda à un établissement celtique.

De même villa est fréquent dans notre environnement départemental ou proche. Des lieux-dits : Villebouzin, Villegénis, Villaine, et Fontaine de Villelouvette, Villarceau, Villevert, Viltain, Vilras, Villebois, Villefavreuse, Villeziers, Villemoisies, Villefeu, Les Villevents, Villemilan... D'autres communes : Villabé, Villemoisson-sur-Orge, Villeconin, Villejust, Villacoublay (Vélizy), Ville-d'Avray, Villecresnes, Villemandeur, Villemareuil...

Conclusion provisoire

Villa bona, serait donc, à mon avis, l'aboutissement de Villa bodina, domaine de la borne, dès l'époque gallo-romaine.

La recherche continue et notre prochain article abordera d'autre aspects de notre histoire locale. N'hésitez pas à participer à nos travaux. A bientôt.

Pour l'Atelier d'histoire locale
et de valorisation du patrimoine
"Le temps des cerises"
de la MJC Boby-Lapointe
Pierre Gérard