La Fronde -1ère partie

La guerre de trente ans (1618-1648)

L'Europe connut pendant la première partie du XVIIe siècle la pire des situations : les conflits armés ravagèrent tous les pays du continent : Portugal, Castille (Roussillon), Tchéquie, Danemark, Suède, Pays-Bas et Franche-Comté, pays allemands, France... C'est d'abord la suite politique des guerres de Religion à l'intérieur de l'Empire Romain Germanique. Puis la France intervint dans le conflit en Italie du Nord. Au cours des négociations, pour éviter les batailles dans le Duché de Milan, Richelieu entrevit à Lyon puis, à Saint-Jean-de-Maurienne, le capitaine Giulio Mazzarini, représentant du Vatican. L'intelligence politique de ce jeune Romain permit in extremis d'empêcher une bataille sanglante pour la prise de Casal (1629), opposant Français et Autrichiens-Espagnols. Il régla par sa force de conviction un conflit où le Pape et le roi de France souhaitaient la paix, ménageant l'amour-propre et les territoires des ducs de Savoie et de Milan. La bataille de Rocroi (19 mai 1643, Ardennes) fit paraître Turenne, fougueux duc d'Enghien et futur duc Louis II de Condé : sa victoire sur les tercios espagnols changea la donne : la France et l'Autriche s'opposèrent pour la suprématie mondiale. Mais l'instabilité française fut de retour après les décès, presque simultanés, de Marie de Médicis (en exil à Cologne, le 3 juillet 1642), Richelieu (Paris, 4 décembre 1642) et Louis XIII (à Saint-Germain-en- Laye, 14 mai 1643).

Anne d'Autriche, veuve de Louis XIII, sera Régente de 1643 à 1661. Richelieu avec une fermeté redoutable avait Imposé I'État sous autorité royale, levant des impôts jugés injustes, pour financer la guerre. Mais s'il avait réussi à démanteler l'organisation paramilitaire protestante, il n'avait pas jugulé la force des nobles parlementaires parisiens. À l'écart des affaires pendant dix-huit ans, ils reprirent le combat. Jules Mazarin, cardinal en 1641, qui avait assuré l'entrée des troupes françaises à Sedan en septembre 1642, fut appelé par Louis XIII en décembre pour succéder à Richelieu, qui l'avait recommandé. Il était parrain de Louis XIV en avril 1643 et Anne d'Autriche, lors du lit de justice du 14 mai 1643, le nomma chef du Conseil. Son rôle s'amplifia dans l'éducation de Louis XIV, dont il devint le surintendant en mars 1646.

La fronde des Princes (1648)

En janvier 1648, le parlement, dont le président à mortier est Nicolas Potier de Novion, refuse d'enregistrer les édits de la Régente. Le 15 juin 1648, déclaration faite au Parlement de Paris énonçant la limitation des pouvoirs du souverain. Mazarin tente alors de s'imposer. Il profite des festivités en l'honneur de la victoire de Condé sur les Espagnols à Lens, pour arrêter trois parlementaires, chefs de la Fronde, dont Pierre Broussel, très populaire à Paris, et Nicolas Potier. Le lendemain les milices bourgeoises font édifier 1260 barricades autour du palais Royal ! Mazarin doit libérer Broussel et Potier qui triomphent.

Nicolas Potier de Novion

Le 22 septembre au Parlement, le président Viole proteste contre les emprisonnements arbitraires. Quant à Potier de Novion, surnommé le Président de Blancmesnil, il s'exprime ainsi :

"il faut aller à la source du mal pour le guérir. Tous les malheurs viennent de la mauvaise administration du cardinal Mazarin qui, étant étranger et portant peu d'affection à la France, ne se soucie pas de tout perdre... "

Il fait allusion au cas de Concini, le favori de Marie de Médicis que Louis XIII avait fait assassiner (voir l'article précédent). Blancmesnil ajouta même :

"il est étrange de se voir ainsi maîtriser par un étranger, promu par la fortune plutôt que par l'extraction... !"

Le parlementaire parisien, seigneur de Villebon, refusait ainsi au roi le pouvoir de choisir ses ministres... Écarté du parlement, Il poursuivit la restauration de son château de Villebon sur les plans de l'architecte Clément Métezeau, que Jacques-Auguste de Thou avait sollicité dès 1611, alors qu'il travaillait déjà sur les plans du château de Chilly, réalisé en 1627-1628. L'architecte mourut en octobre 1652 ; la même année Nicolas Potier de Novion fut rétabli président à mortier au parlement de Paris.

Façade Est du château de Villebon

Le cardinal de Retz

Jean-François Paul de Gondi, né en 1613 - dont le précepteur choisi par sa mère fut Vincent de Paul -, tonsuré à 10 ans, brillant étudiant en Sorbonne, attiré par les conjurations, ne pensait qu'à une chose : succéder à son oncle comme archevêque de Paris. Il crut se rendre indispensable en jouant les intermédiaires entre le parlement et la cour, mais Anne d'Autriche le congédia sans ménagement, le poussant dans le camp des frondeurs. Dès 1643 il était coadjuteur de son oncle archevêque, tandis que Louis XIV devenait roi. En février 1652, il reçut le chapeau de cardinal, des mains du nouveau Pape Innocent II, adversaire de Mazarin. Il était proche du président Potier de Novion. Mais en octobre, Louis XIV rentre à Paris et emprisonne le cardinal ! Gondi. frondeur, parviendra-t-il à ses fins?...

La Fronde - 2ème partie

La fronde parlementaire (1648-49) soutenue par les bourgeois de Paris obligera la Régente, le jeune Louis et Mazarin, à fuir à plusieurs reprises, d'abord au château de Rueil puis à celui de Saint-Germain-en-Laye ; Louis XIV se souviendra des humiliations subies à cette époque pour s'imposer fermement. En effet, il comprit alors qu'un monarque faible ne peut rien face à un parlement qui défend les privilèges, que lui ont accordé les rois ses ancêtres. Car le parlement dirige : il nomme Général de troupes royales parisiennes, Armand de Bourbon, prince de Conti ! Ainsi les Princes obtiennent pratiquement contre le roi, la capacité de régner.

Le petit-fils de Guillaume d'Orange-Nassau, le fondateur des Pays-Bas, assassiné en 1584 par le Franc-comtois Balthazar Gérard, le maréchal Henri de la Tour d'Auvergne-Bouillon, dit Turenne, pour sauver les Frondeurs, tente d'engager des régiments allemands. Mais le rusé Mazarin réussira à temps à les acheter grâce au banquier Barthélémy Hervart ! Certains frondeurs faiblissent alors et la Régente Anne d'Autriche négocie la paix de Saint-Germain, le 1er avril 1649. Mazarin poursuit sa politique de rapprochement avec d'anciens frondeurs, dont Paul de Gondi, à qui il promet le chapeau de cardinal. Mais les Bourbon, Condé, Conti en subissent les conséquences : Mazarin les fait arrêter en janvier 1650, ce qui provoque la révolte de leurs partisans en Normandie, Poitou et Limousin ainsi qu'à Paris. Parlementaires et Princes s'unissent pour exiger le renvoi de Mazarin. Il s'enfuit à Cologne le 6 février 1650, laissant la Cour, dont le jeune Louis, 12 ans, prisonnière au Palais Royal, l'immeuble que s'était fait construire le cardinal de Richelieu près du Louvre. Anne d'Autriche doit libérer les princes... Mais c'est la Fronde des Princes qui se profile, car Mazarin oppose d'autres troupes, celles de Condé, le propre frère de Conti !

La France en guerre contre la France

Le 7 septembre 1651, Louis XIV etait devenu majeur. Mais le prince de Condé passait un accord avec les troupes espagnoles : depuis Bordeaux il contrôlait le sud de la France, obligeant la Cour à s'installer à Poitiers, protégée par Turenne. Rallié à la cause royale, Turenne est converti au catholicisme par Bossuet, qui fréquentait alors le salon littéraire de l'Hôtel de la marquise de Rambouillet, lieu aristocratique et féministe avant la lettre. Paris était toujours aux mains du Parlement, de Gaston d'Orléans et du coadjuteur de l'évêque de Paris, Jean-François Paul de Gondi, devenu cardinal de Retz le 21 septembre. Condé fut battu par les troupes royales du Comte d'Harcourt à Cognac, le 15 novembre 1651.

Janvier 1652 Mazarin est rappelé

La cour revient vers Paris, harcelée par les troupes de Condé. Turenne attaque Condé près d'Étampes. Les Lorrains volent au secours de Condé, mais Turenne les arrête à Villeneuve-Saint-Georges... La capitale est assiégée, affamée par les troupes qui vivent "sur le pays", c'est-à-dire en ravageant les champs au sud de Paris. Les habitants de Palaiseau et les villages voisins de Massy, Villebon, Champlan sont considérés comme favorables aux Frondeurs, et comme le peuple parisien, ils portent en signe de ralliement un brin de paille en forme de croissant sur leur chapeau. Au cours de ces années terribles, les récoltes sont ravagées, les maisons brûlées, les vignes arrachées par des soudards... Après un été 1652 caniculaire, les préjudices condamnent les 418 habitants de Villebon à mourir de faim et de soif, puis à subir plus de cinq années sans récoltes. Malgré les secours de Vincent de Paul, les excès provoquèrent la plus grande misère jamais connue, cette année-là, 192 morts à Chilly, 101 à Saulx, 111 à Champlan, et plus de 100 morts à Villebon !

Imaginez à partir de cette peinture du XVIIe siècle de David Teniers, ce village en temps de Fronde : chaumières brûlées, habitants traqués, beaucoup d'enfants morts de faim ...

À Paris, où beaucoup de paysans se sont réfugiés, la guerre se déroule jusque dans le faubourg Saint-Antoine. D'un côté les troupes de Louis XIV et Mazarin à Charonne, de l'autre celles de Louise d'Orléans, la Grande Mademoiselle, se canonnent ! L'Hôtel de Ville brûle, les édiles se rendent mais sont massacrés. Le roi convoque le Parlement à Pontoise. Alors Condé, chassé par des parlementaires qui souhaitent la paix, quitte Paris pour Bruxelles et se met au service de l'Espagne.

Enfin le roi Louis XIV s'installe au Louvre le 21 octobre 1652

Condé est déchu. Louis XIV fait arrêter le cardinal de Retz, au Louvre, en décembre 1652 et l'emprisonne au château de Vincennes. Il deviendra pourtant archevêque de Paris en mars 1654, à la mort de son oncle. Transféré au château de Nantes, il s'en évade et se réfugie à Rome. Mazarin, qui s'était écarté le temps que les esprits se calment, rentre le 3 février 1653 acclamé par les Parisiens.

Le cardinal de Retz, archevêque de Paris

Retz, réclamé par ses vicaires généraux et ses curés, reprend son titre d'archevêque de Paris, et brave l'autorité royale, en soutenant les jansénistes de la vallée de l'Yvette (Port-Royal des Champs), notamment Blaise Pascal qui publie en 1655 Les Provinciales. La même année Nicolas Potier de Novion s'adresse à son ami l'archevêque de Paris, pour obtenir l'autorisation de créer la paroisse de Villebon. Ce sera son vicaire Alexandre de Hodencq qui sera chargé du dossier.

Eglise Saint-Côme et Saint-Damien

En effet l'archevêque est resté à Rome, puis il a dû fuir en Franche-Comté espagnole pour vingt-trois années encore, ensuite en Allemagne, enfin en Hollande. À la mort de Mazarin en 1661, il chercha à revenir à Paris, mais Louis XIV l'exila dans son abbaye de Commercy. Le cardinal de Retz obtint le pardon en 1662.

Pour l'Atelier d'histoire locale
et de valorisation du patrimoine
"Le temps des cerises"
de la MJC Boby-Lapointe
Pierre Gérard