Le "mythique" Villefeu

Les deux pôles principaux de notre commune se sont constitués autour des sites antiques de Villebon et de Villefeu, situés sur des sortes d'éperons, mais aussi le long de l'ancien chemin de Paris à Briis (RD 59) et du chemin de Paris à Chartres (RD 188). Ces sites ont disparu, nous laissant les hameaux qui se sont bâtis à leur ombre : le Village et les Casseaux...

Le site de Villefeu dans son état actuel

La légende

Une légende est "l'histoire" orale transmise, transformée, embellie ou dramatisée. Villefeu était un lieu-dit inscrit sur les cartes jusqu'au XVIIIème siècle. "L'abbaye" de Villefeu aurait disparu lors d'un cataclysme et la légende ajoute que "la nuit de Noël au moment où sonne la messe de minuit, les âmes des anciens religieux reviennent", rapporte l'historien du Mesnil en 1888. Que faut-il en penser ?

La réalité sur place

Au bord du plateau, à 155 mètres d'altitude, dans le Bois des Gelles, on peut voir encore aujourd'hui un enclos fossoyé. Au centre de cet enclos, ou dans les environs, se serait élevé un édifice au XIIème siècle, château ou prieuré, en tout cas propriété des religieux de Saint Eloi, puisque Nicolas de Thou la leur acheta en 1563. L'emplacement domine avec aplomb la vallée de l'Yvette, la vue plongeant vers Paris. Un nom de lieu-dit proche, les Boulevards, rappelle le terre-plein d'un rempart de château. Les bois des environs sont dits bois des fossés : avant Coutabœuf les prés jouxtant l'enclos comportaient quatre remises et non loin la ferme de la Plesse fut un enclos fermé par un plessis, d'où son nom. Ces indices constituent des traces de vestiges qui ressemblent plutôt à ceux d'un château et de ses dépendances.

La ferme de la Plesse au début du XXème siècle.

Des textes

Nous savons que dès le haut moyen-âge ces lieux étaient habités. Le Cartulaire de l'Abbaye de Longpont indique, dans l'article où apparaît Gautier de Villebon, "apud Orceacum (...) quatuor arpennos terre apud Fous juxta illam terram", soit "vers Orsay (...) quatre arpents de terre près de Fous proche de cette terre". Je suggère d'y voir une "villa fous"... qui pourrait avoir donné Villefeu. 

L'historien Cossonnet rapporte qu'un certain Colin de Villefeu possédait une maison à cet endroit en 1374. Le Terrier des religieux chartreux de Saulx, donne en 1401 des propriétaires de bois et de friches au lieu dit sous Villefeu. Villefeu sera cité encore de nombreuses fois plus tard comme fief, que les seigneurs de Villebon et d'Orsay se disputeront.

Diverses origines possibles du nom de Villefeu

"Fous" peut indiquer des fossés... Si nous comparons ce terme avec celui du village Les Feux-Villaines (Mayenne), un"fanum vicinionae", temple de Viciniona, nous aurions à chercher les vestiges d'un lieu de culte gaulois. Il semble plus simple de remarquer que le mot pourrait découler du francique "fehu", bétail. L'enclos aurait alors été pacage pour animaux, ce qui n'empêche pas les évolutions postérieures.

Villefeu continue de vivre dans l'imaginaire collectif. Il mériterait d'être étudié plus avant, et puisque ces lieux ouverts sont propriété départementale, il serait normal de les valoriser et de les protéger.

Pour l'Atelier d'histoire locale
et de valorisation du patrimoine
"Le temps des cerises"
de la MJC Boby-Lapointe
Pierre Gérard