Villebon au temps de Louis XIV - 1ère partie

L'instituteur J. Chapelle, qui dirigeait l'école de garçons de Villebon depuis 1893, est l'auteur de la Monographie communale de 1899. Il y note qu'

« en avril 1563, Nicolas de Thou, seigneur de Villebon et de Villiers-sous-Saulx, obtint du roi Charles IX (fils de la reine Catherine de Médicis), l'établissement à Villebon d'un marché tous les jeudis, et de deux foires, l'une à la saint Côme, le 27 septembre, et l'autre le 12 novembre (lendemain de la saint Martin d'hiver) ».

C'est dire si, dès avant la création en 1587 de la chapelle puis près d'un siècle plus tard, de l'église en 1658, le prénom de Côme avait de l'importance. Comme nous l'avons vu, cette invocation rappelle la fidélité aux Médicis des familles de Thou, puis Potier de Novion. Mais au tournant du XVII° siècle, les mœurs changent, et à Villebon comme dans toute la France, de nouveaux pouvoirs apparaissent.

Villebon s'affirme

La chapelle Saint-Cosme, celle des Thou construite en 1587 est devenue, en 1658, l'église Saints-Côme et Damien par adjonction de deux bâtiments.

Après les exactions de la Fronde, la création d'une paroisse permit à Villebon de prendre son autonomie par rapport à Palaiseau, elle obtient un droit fondamental : celui d'affirmer son existence territoriale réelle. N'oublions pas en effet que les communes n'existent pas avant la Révolution française et que les paroisses constituent alors l'entité juridique « officielle », très utiles pour les habitants. En effet d'une part le seigneur, souvent absent, ne peut être l'autorité quotidienne et d'autre part le territoire étant partagé entre plusieurs seigneuries, les problèmes deviennent parfois inextricables. Il se trouve alors un personnage qui joue le rôle de modérateur, le curé de la paroisse, installé en son presbytère par le seigneur principal, c'est le cas à Villebon. Nous devons donc bien mesurer l'importance de la paroisse nouvelle pour Villebon qui ne compte que 500 habitants à cette époque. Elle donne

« pouvoir aux habitants de Villebon et ses hameaux, d'augmenter (agrandir) la chapelle, y faire bâtir des autels de deux côtés, d'y avoir fonts baptismaux et aussi cimetière, presbytère et autres droits marquants prérogatives d'église paroissiale ».

Deux bâtiments seront donc accolés en 1658 à la chapelle saint-Côme du château des Thou, pour créer l'église saints-Côme et Damien.

Des droits cher payés

La création de la paroisse s'était durement négociée avec le curé de Palaiseau qui y voyait un manque à gagner certain. Aussi l'accord draconien avait-il prévu que le seigneur s'engageât

« à doter de 300 livres par an la paroisse de Villebon pour la nourriture et l'entretien d'un curé, sans nuire aux intérêts du curé de Palaiseau, qui devait continuer à toucher dans la paroisse de Villebon les dîmes et autres revenus comme autrefois ».

Il s'y ajoutait une procession des Villebonnais vers l'église de Palaiseau à la saint Martin d'été (4 juillet), et, difficulté supplémentaire, les paroissiens de Villebon devaient eux-mêmes payer annuellement au curé de Palaiseau et à ses successeurs, la somme de 60 livres tournois, et, les marguilliers (responsables laïcs de la paroisse) de la nouvelle église de Villebon devaient 25 livres annuelles à la fabrique (association paroissiale) de Palaiseau. C'était sans compter les frais locaux que leur nouvelle paroisse imposait aux Villebonnais. La liberté coûte toujours cher à ceux qui l'acquièrent. Après le pillage du château par les Frondeurs, les ravages des cultures entre 1648 et 1653, l'installation d'un curé, maistre Pierre Suhard (1658-1691) était une nouvelle lourde charge.

Les nouveaux seigneurs de Villebon

L'Eglise Saint-Côme et Saint-Damien en 2009

Après les familles de Thou et Potier-de- Novion, ce fut une succession rapide de propriétaires de la seigneurie. En 1696, Hubert de Champy, autrement nommé le baron Desclouzeaux, intendant de la Marine à Brest, débordé par ses activités, laissera son épouse Claude Dolet gérer les affaires des seigneuries de Villebon et de Villejust. L'importance du bien obligera Claude Dolet à en céder la moitié à sa nièce Claude-Louise de Betz de la Harteloye, autrement dit Madame de Perthuis, en 1710. À la mort d'Hubert de Champy en 1701, ce sont Graindorge et de Certieux qui héritent de la part de Claude Dolet, puis en 1704 le chevalier de saint-Louis, Guillaume Delors de Sérignan. Ces seigneurs utilisent le territoire comme un patrimoine financier.

Louis XIV affirme son autorité

Pendant ce temps, le 30 juin 1658 le jeune roi est dit le « miraculé » parce qu'il a failli mourir d'une intoxication alimentaire. Et c'est à la mort de Jules Mazarin, le 9 mars 1661 que Louis XIV prend la mesure du pouvoir qu'il doit conquérir. Il contrôle personnellement le gouvernement sans ministre principal. Puis il se lance dans la guerre de Hollande qui lui permettra en sept années d'affirmer la suprématie de la France sur l'Europe. Depuis son ancêtre François Ier, nul n'avait réussi à s'opposer à l'Empire romain germanique, depuis Charles Quint aux Habsbourg en Espagne et dans les Flandres. De 1672 à 1678 avec ses alliés anglais, bavarois et suédois notamment il combat sur tous les fronts l'Empire Habsbourg (Allemagne, Espagne) et les Provinces Unies (Pays-Bas). Louis XIV va l'emporter en montrant qu'il est un chef militaire aux talents supérieurs aux généraux Condé et Turenne, anciens Ligueurs. Le Traité de Nimègue (Pays-Bas) du 10 août 1678 est donc une double victoire du roi, en France et en Europe. S'il cède Maastricht, Charleroi et Courtrai à l'Espagne, il gagne les places fortes flamandes telles Cambrai, Condé-sur- Escaut, Bavay et Valenciennes et aussi le pays de Franche-Comté pris à l'Espagne. C'est ainsi qu'il devient Louis le Grand, il ne lui restera plus qu'à devenir le Soleil, mais il en a encore le temps, et c'est à suivre.

Villebon au temps de Louis XIV - 2ème partie

Le Roi soleil ? Un conquérant de territoires...

On a vu Louis XIV obtenir le réel pouvoir à la mort de son « parrain » Jules Mazarin en 1661. Il gouverna sans ministre principal. Marqué par la Fronde (1648 - 1653) il instaura un pouvoir absolu et personnel. A la fois diplomate et guerrier il n'eut de cesse d'accroître son territoire : Flandres, Hainaut, Artois, Alsace, Franche-Comté, Charolais, Orange, Roussillon, et il n'oublie pas de fortifier grâce à Vauban les villes frontières Calais, Lille, Givet, Toul, Sélestat, Belfort, Besançon, Briançon, Antibes, Perpignan, Collioure, Mont-Louis, Bayonne, Saint-Martin de Ré, Belle-Île, Camaret, Brest, etc. Il tentera même la conquête de l'Afrique du Nord : en juillet 1664 Louis XIV équipa une flotte de huit galères pour traquer les « barbaresques » avec Gadagne, vétéran de Rocroi et deux adjoints Vivonne et François de La Guillotière, et même Montespan les accompagna en partie ; il prit Djidjelli, en petite Kabylie, mais le Marabout Sidi Mohamed, avec Ali-Bey, puis les Turcs s'opposèrent farouchement, et à la Toussaint le roi-soleil subissait une défaite peu glorieuse. Le maréchal de camp, François de La Guillotière a créé en 1690 la première carte de « L'Isle de France » d'alors, représentant Paris et le Nord de notre région actuelle.

…mais aussi un galant...

En 1668, Louis XIV, las de la mièvre Dame de La Vallière, commence à s'intéresser à Madame de Montespan, une beauté et une femme d'esprit, une étoile éblouissant le soleil. La favorite, Françoise dite Athenaïs de Rochechouart, épouse du marquis de Montespan, est celle de l'époque étincelante des fêtes de Versailles. On sait moins que Louis XIV eut du mal à éloigner le mari et qu'il dut intenter un procès pour cela, insistant de nombreuses fois auprès du seigneur de Villebon, président du parlement Nicolas Potier de Novion, qui ne se précipitait pas vraiment... L'affaire dura treize ans !

... amateur des Arts …

S'il a découvert les arts grâce à Mazarin qui collectionnait peintures et sculptures, Mme de Montespan lui permit d'accroître son prestige en accueillant les écrivains, dont Molière, Racine, Boileau, les musiciens comme Lulli, les architectes tels Le Brun, Le Nôtre... Installé à Versailles à partir de 1682, il établit l'étiquette pour soumettre la noblesse en la maintenant à la cour.

… et des Jardins

Louis XIV montra l'exemple en développant des jardins d'un nouveau style. À cette époque l'Essonne était couverte de grands domaines : à l'imitation sans doute du château de Versailles, les riches propriétaires, de Saint-Jean-de-Beauregard au début du siècle jusqu'à Courances à la fin, ajoutèrent à leurs potagers et vergers, de grands jardins de plaisance. Appelés « jardins à la française », ils imposaient un ordre à la nature. La géométrie pascalienne s'appliquait au cordeau et les grands arbres étaient relégués en bordures.

Le jardin du château de Villebon sur le plan Cassini, extrait (vers 1745). Carte orientée nord en haut.

Beaucoup de ces jardins ont malheureusement disparu : le parc de Villarceau à Nozay, celui de Fromont à Ris-Orangis ou de Petit-Bourg à Evry. Mais aussi celui de Villebon-sur- Yvette : le seigneur Nicolas Potier de Novion initia probablement les premiers travaux lorsqu'il dû reconstruire le château incendié, dans le style Renaissance. Mais il est très probable que les jardins ont été plutôt l'œuvre des femmes. Sa fille Marguerite Potier, épouse Tubeuf, fut « Dame de Villebon » pendant douze années (1685-1696) et s'appliqua dans la belle restauration, toitures et espaces extérieurs. Puis lorsque le baron Desclouzeaux, Hubert de Champy devint seigneur de Villebon, accaparé par ses fonctions d'intendant de la marine à Brest, son épouse Claude Dollet prit le relais à Villebon jusqu'en 1727. Ensuite, sa nièce, Claude-Louise de Betz de Harteloye, épouse de Charles-Antonin de Pertuis, et enfin leur petite fille épouse Pracomtal, Claude-Gabrielle, jusqu'à la Révolution française. Comparez les plans des jardins de Versailles et ceux de Villebon : il n'est pas surprenant de constater que sur ces cartes, nos jardins à la française, même de tailles différentes, s'y ressemblent assez !

Les treillageurs

Les arts du jardin se développent à cette époque et un métier nouveau apparaît dans la décoration des jardins, celui du treillage. La création de treillis qui servait aux vignobles, devient un art auxiliaire de l'architecture jusqu'en 1769. Les treillages en palissade permettent les supports en berceaux, cabinets, salons, portiques, galeries et colonnades. Les treillageurs travaillent aussi avec les menuisiers du bâtiment (corroyages, assemblages, profilés et moulures).

En 1817 un habitant de La Roche Sébastien Fouril, 65 ans, est treillageur pour les besoins du château.

Le jardin du château de Villebon sur le plan Schmidt, extrait (1785). Orienté nord en bas.

Liederbach-am-Taunus au temps de Louis XIV - 3ème partie

Que se passait-il à Liederbach au XVIIe siècle ? Arrêtons-nous un peu sur l'histoire très mouvementée de cette commune allemande, notre jumelle depuis 25 ans. La politique du Roi Soleil envers les Protestants hésita longtemps entre persécutions et courts répits. Louis XIV cherchait un moyen de ne pas appliquer l'Édit de Nantes, signé par son grand-père Henri IV. Après une période calme vers 1669, la situation internationale s'aggrava et lui donna l'occasion de se montrer «Grand» à la guerre. Guillaume III d'Orange, roi d'Angleterre et Stathouder des Pays-Bas, empêcha Louis XIV de conquérir la Hollande en l'inondant et il ligua contre le Roi-Soleil beaucoup de Princes Allemands dont l'Empereur Léopold de Habsbourg. En 1674 Guillaume III lança ses armées sur Paris, mais le prince de Condé le repoussa de justesse. Louis XIV était parti pour la Lorraine avec la reine et sa nouvelle maîtresse, Madame de Montespan, pour trouver des alliés sur les rives du Rhin. L'Électeur de Mayence s'était rapproché de l'Empereur allemand et celui de Cologne de Guillaume III. Louis XIV avec l'aide de l'Électeur de Bavière réussirait à reprendre la main.

1674 - La guerre contre les princes allemands

Le front s'établissait de la Hollande à l'Alsace en passant par la Rhénanie. Louis XIV prit Maastricht, grâce à d'Artagnan qui y mourut, puis se porta sur quelques «villes libres» d'Alsace et à Landau (Palatinat). La même année Turenne était victorieux à Sinsheim, près de Heidelberg, contre les soldats de l'Empereur romain germanique. Ces batailles qui ravagèrent le Palatinat essentiellement, se renouvelèrent quinze ans plus tard entre les mêmes protagonistes Louis XIV et Léopold de Habsbourg (1688-1697).

Louis XIV à Liederbach ?

Liederbach, au sud de la Hesse, est aujourd'hui dans la région d'Allemagne la plus peuplée. Située dans la banlieue de Francfort sur le Main, grand centre économique allemand, elle est aussi proche de Mayence, capitale de la Rhénanie-Palatinat, rive gauche du Rhin, à son confluent avec le Main.

Mais au XVIIe siècle, Liederbach, ce n'était encore que quelques petits villages épars, au nord de Darmstadt et à l'est de Wiesbaden, ancienne capitale des Nassau. Dans ses déplacements Louis XIV passa-t-il par Liederbach ? C'est peu probable mais en chevauchant dans cette région frontalière, sûrement avait-il en mémoire qu'il était tout près du lieu d'une bataille menée par son père Louis XIII.

1622 - La bataille de Höchst

La bataille de Höchst, Matthäus Merian l'ancien (1593-1650)

Est-ce parce que Niederhofheim, aujourd'hui unie à Liederbach, avait accueilli la Réforme que se déroula, à quelques kilomètres au sud la bataille de Höchst ? Cet épisode de la Guerre de Trente ans, se déroula le 20 juin 1622. Les armées protestantes s'opposèrent farouchement à celles de la Ligue catholique. Les 15 000 hommes de Christian de Brunswick partis de Westphalie investirent la Hesse-Darmstadt. Ils traversèrent le Main à Höchst sur un pont flottant qu'ils établirent rapidement. À plusieurs reprises ils repoussèrent les troupes catholiques des comtes Tilly et Bronckhorst. Ces derniers finirent par l'emporter mais beaucoup de soldats, tombant du pont flottant périrent noyés dans le Main et Brunschwick ne s'échappa qu'avec sa cavalerie. En 1631 Niederhofheim devint un fief de Wachenheim (Palatinat), ville viticole où se trouve le château de Wachtenburg.

1685 - Des Français se réfugient en Hesse

1685 Louis XIV par l'édit de Fontainebleau révoqua l'Édit de Nantes, 300 000 Français de religion réformée émigrèrent. Ils n'avaient de choix que la conversion ou la fuite pour éviter les tortures des Dragons de Louvois. Ainsi 1 700 protestants se réfugièrent à Kassel (Nord de la Hesse), Metz vit partir un habitant sur cinq vers l'Allemagne dont certains en Hesse. L'architecture régionale a gardé une influence française qui date de cet épisode peu glorieux. Beaucoup d'artisans et d'intellectuels apportèrent à ces régions d'Allemagne savoir-faire et idées nouvelles. Mais à quel prix ? L'Allemagne et l'Est de la France ont été ravagés pendant cette Guerre de Trente Ans. La Hesse aurait alors perdu la moitié de sa population. Louis XIV acheva son implantation en s'emparant des trois évêchés (Metz, Toul et Verdun) et de Strasbourg, et en résolvant la question des deux duchés Lorrains, Metz duché allié à la France et Nancy capitale ducale de Lorraine.

Nos ancêtres communs : Gaulois et Francs

Cette région fut un territoire du peuple gaulois Trévire, installé sur les deux rives du Rhin et du Main. Leur ville principale était Mogon. En 75 avant notre ère Arioviste y installa le peuple germain Vangion. Puis Drusus y créa le camp romain de Mogontiacum, futur Mayence. Pendant cinq siècles ces régions furent la Germanie Supérieure, entité de l'empire romain. La Franconie, qui comprenait la Bavière et une partie de la Rhénanie et la Hesse actuelles, est l'origine des Francs. Le roi Clovis, roi de tous les Francs, mourut à Paris le 27 novembre 511, voici bientôt 1 500 ans. Les Francs installés sur la rive droite du Rhin avaient passé le fleuve, d'ailleurs Francfort était le «gué des Francs». Enfin, c'est dès 791 qu'apparaît la première mention du nom de notre ville jumelle : Leoderbach, dans un texte signé Karl der Grosse, notre Charlemagne commun.

Pour l'Atelier d'histoire locale
et de valorisation du patrimoine
"Le temps des cerises"
de la MJC Boby-Lapointe
Pierre Gérard