La vie à Villebon au temps de Louis XIV - 4ème partie

Les Villebonnais de 1658 à 1674

La vie locale de Villebon au milieu du XVIIe siècle transparaît dans les registres de la paroisse créée en 1658. Villebon compte 450 habitants auxquels il faut ajouter les visiteurs du château qui résident temporairement au village. Louis XIV, 20 ans, règne réellement depuis cinq ans. À Villebon le seigneur Nicolas Potier de Novion, 50 ans, est Président du Parlement, un des plus importants personnages de l'État. Il fut opposé à Mazarin, mais il est rentré dans le rang. Le métier d'agriculteur fait vivre tous les Villebonnais : en 16 ans 170 familles, 126 agriculteurs, profession si « naturelle » qu'elle n'est pas citée, 2 laboureurs, 27 vignerons, 6 « boiquelons » (bûcherons), 5 « fructifiers », 2 jardiniers, 1 « limousin » (maçon), 1 cordonnier, 1 tonnelier.

L'église Saints-Côme et Damien construite entre 1648 et 1658, est une restructuration de la chapelle du château (1587).

Les naissances

Maître Pierre Suhard, premier curé, ouvre les registres des naissances le 3 juin 1658, des décès le 23 juillet 1658, des mariages le 7 janvier 1660. Le Curé est secondé par un vicaire, Me Léonart Gohier en 1658 et par Me Jean Avenelle en 1673. Notre étude concerne 825 personnes, 475 hommes, 350 femmes, qui ont vécu et sont morts à Villebon pendant cette période. 335 enfants sont nés, 164 filles et 171 garçons. Les prénoms les plus usités sont Marie (25 %), Jeanne (13 %) et Catherine (10 %) et pour les garçons, Pierre (11 %), Jean (10 %), Jacques (8 %), Louis (7 %). Leur nombre limité provient du fait que parrain et marraine donnent leur propre prénom à l'enfant.

Mariages et décès

Des notables viennent de loin pour parrainer à Villebon. De Champlan, Palaiseau, Saulx, Chevreuse, Châtres (Arpajon), Étampes, Orsay, Verrières, Saint-Michel, Buno-Bonnevaux, Antony, Chartres, Tours, Montoire, Longeres (Normandie), Paris : paroisses St-Médart, St-Estienne du Mont, St-André-des-Arts, Sainte-Chapelle, St-Germain-de-l'Archerie, St-Médéric (Merry). De 1660 à 1674, on dénombre 53 mariages. Chacun se marie dans sa classe ou sa profession.

A Villebon, 144 adultes sont morts entre 1658 et 1674. Certains sont enterrés « dans » l'église, privilège qu'abolira Louis XVI : 34 « ensépulturations », soit 18,24 % des inhumations. Les âges sont rarement spécifiés. Il est donc difficile d'estimer la mortalité infantile : sur 42 décès d'enfants (1672 à 1674), dont les âges sont donnés, 2 ont quelques jours, 9 moins de 2 ans, 8 de 2 à 3 ans, 5 moins de 13 ans.

Les « Maîtres » et les « Bourgeois » de Paris

L'entourage de Monseigneur de Novion participe à la vie du village. Des conseillers du roi, Me Guillaume Sanson, Laurent de Grivail et son épouse Catherine Poirier. Une quinzaine de proches dont Jacques de La Pille, procureur fiscal, son épouse Glaude Bachelet ensépulturée en janvier 1674. Au château : Me Louys Carré et Catherine Menon, jardiniers, Me André Deseaux, agent du Président, et son épouse Jeanne de La Pille, Me Robert Charpentier, officier de Change, Me Pierre Bachelet, concierge, Me Nicolas Guillaume et Marie de La Pille, fermiers. Des « Bourgeois de Paris » à Villebon : Me Raoul Bérenger, Me Hugues du Clodet, marchand de vin, Me Pierre Henry Rivière et son épouse Marguerite, Louys Fournil, maréchal, Me Isaac Philippe, officier à Paris, mari de Louyse de La Pille, fille de Jacques, Léion Vinier, Pierre-Henry Vinier, Guillaume Couturier, Lambert Roulant, imprimeur et libraire à Paris, Me Marin Baudran, chirurgien.

La vie à Villebon au temps de Louis XIV - 5ème partie

L'époque de l'affaire des poisons

Le 16 juillet 1676 la Marquise de Brinvilliers, ayant avoué sous la « question » (torture) avoir empoisonné son père et ses frères, fut condamnée à mort, décapitée puis brûlée sur le « bûcher ardent ». Ceci fit dire à la Marquise de Sévigné : « ainsi nous la respirons tous ». C'était le début de la fameuse affaire des poisons, suivie de près par Louis XIV qui voulait « faire une justice exacte, sans aucune distinction de personne, de condition ou de sexe... ». Sur 442 accusés dont 367 furent emprisonnés, les procès aboutirent à 36 exécutions capitales.

Catherine Deshayes, dite "la Voisin".

La « devineresse » Catherine Deshayes, épouse Monvoisin, dite « la Voisin » se vantait d'avoir beaucoup empoisonné, au service de grands personnages dont la maréchale de La Ferté ou la marquise d'Alluye (Villebon. Eure-et-Loir).

La ferme du hameau de Villebon (Alluyes, Eure-et-Loir)(carte postale du début du XXe siècle.

Embastillée, elle avait été initiée aux poisons par l'apothicaire suisse Christophe Glaser. Le 21 septembre 1677, la police trouva dans un confessionnal un billet dénonçant un projet d'empoisonnement à perpétrer contre le Roi et le Dauphin ! Le 2 août 1680, la Voisin fut exécutée. Louis XIV intervint personnellement dans le dossier concernant ses proches et surtout son pouvoir. En effet sa maîtresse, la Marquise de Montespan, avait fréquenté assidûment la Voisin. Même si à la fin, le 13 juillet 1709, le roi fit brûler les pièces compromettantes, cela ne permit pas d'effacer toutes les traces indignes de cette affaire. Mme de Montespan était soupçonnée d'avoir participé à des messes noires au château de Villebousin (Longpont/Orge), où officiait le chapelain du Comte de Montgomery, l'abbé Guibourg ; celui-ci, concubin de Jeanne Chanfrain, de Montlhéry, dont il avait eu sept enfants, en aurait sacrifié trois au diable dans des célébrations sur les corps de femmes de la haute noblesse, dont Mme de Montespan, qui fut sauvée par l'intervention de Colbert. Saura-t-on jamais comment les curés des environs, dont Villebon, ont pu supporter ces turpitudes et cette période tourmentée dans leurs paroisses ? Au cœur des violences, ils durent s'appuyer sur la « légalité royale ». Le premier curé de Villebon Pierre Suhart avait déjà eu fort à faire avec l'abbé Cuchet, curé des églises Saint-Martin de Palaiseau et d'Orsay, qui voyait d'un mauvais œil se créer la paroisse de Villebon en 1658. Mais le Parlement, et son président le seigneur de Villebon Nicolas Potier de Novion, qui veillait au grain, jugea en faveur de Messire Suhart.

Étaient-ils avertis et comment assurèrent-ils leurs missions : à Montlhéry l'abbé Le Roux, curé des deux paroisses Saint-Pierre, au château siège royal, et de la Sainte Trinité ; à Longpont l'abbé Roques, curé de Saint Barthélémy ; à Saulx-les-Chartreux l'abbé Du Tillet, curé de Notre-Dame ; à Champlan(t), l'abbé René Michel de la Rochemaillet, puis l'abbé Leclerc, curés de Saint-Germain ; à Villejust l'abbé Auger, curé de Saint-Julien, et à Ch(a)illy les abbés Monet, Filler et Salaun, curés et vicaires de Saint-Étienne ?

Le pouvoir absolu ne prévoyait donc pas tout, mais il empêcha cette affaire d'emporter tout le système.

La vie à Villebon au temps de Louis XIV - 6ème partie

Au village de 1674 à 1691

Sur 789 actes de registres paroissiaux lus comme des « gazettes » nous retenons les plus intéressants. Le curé Pierre Suhard, avec sa sœur Marie, gouvernante après 33 ans de services, meurt le 30 janvier 1691, 15 jours avant son fidèle bedeau Jacques Gougeon. Il est « ensépulturé » (7,4 % des enterrements) dans l'église en présence du vicaire Léonard Gohier, de Jean et Gabriel Gougeon, Vincent et Michel Barre. Jacques Gougeon est inhumé dans le cimetière le 13 février 1691 en présence de son fils Jean et de son petit-fils Gabriel.

Bénédiction de la première cloche de Villebon

Le 20 décembre 1682 le curé Pierre Suhard bénissait la première cloche de Villebon, événement attendu depuis 1658. Les témoins, proches du seigneur, Estienne Laisné, receveur de Villebon et Marie Bachelet, femme de Maître André Deseaux, procureur fiscal.

La cloche actuelle installée le 4 septembre 1927 est la quatrième, depuis 1682.

Marguerite Potier de Novion

Fille du seigneur, épouse du conseiller d'État Charles Tubeuf, elle acquiert en 1668 le domaine de Villebon. Veuve en 1687, elle est Dame de Villebon. Autour d'elle un maître de chasse Jacques Peret, un domestique Antoine Dijon, le concierge Thierry Lescalon, le jardinier Maître Antoine Le Roy.

Augmentation de la mortalité infantile

L'Archidiacre du Josas (Hurepoix) vérifie les registres. En 1680 l'Abbé De La Motte ordonne « de remplir les blancs et deffend d'en laisser à l'avenir », puis en 1681 « de coucher les actes tant de baptêmes, mariages que mortuaires conformément aux modelles ». En 1687 le Doyen J. de Cuperly conduit la visite et en 1689 l'Archidiacre D. de La Borde. Baptêmes en hausse, 185 garçons, 162 filles, les décès (+ 55 %), touchent les enfants : 123 jeunes dont 21 (13 filles) de moins de 2 ans, 43 (30 garçons) de 4 à 13 ans, 16 (10 filles) de 14 à 20 ans : les garçons (44) meurent plus jeunes que les filles (36).

Les mariages

92 mariages (5 par an, contre 3 auparavant) surtout entre Villebonnais, mais à Saulx, Champlan, Palaiseau, Chilly, Massy, Orsay, Longjumeau, Montlhéry, Villejust, Nozay. Des familles du village réalisent de solides alliances. Catherine Deseaux, fille du procureur fiscal, épouse en 1677 Maître Nicolas Augé, bourgeois marchand à Paris, rue aux Ours. Sa sœur Marguerite Deseaux marie en 1679 François Le Maire, d'Amiens. Antoinette Le Bré épouse Robert Bisson, de Sens.

Les métiers

Rares sont les Villebonnais qui ont une profession, dite vocation, vignerons, bûcherons et laboureurs. Pierre Picart, vigneron de Massy épouse en 1676 Margueritte Dumont, fille de bûcherons villebonnais. Les bûcherons Jacques Racarie et Barbe Gervaise marient leur fils Fiacre en 1677 à Geneviève Le Bré. Pierre, fils du vigneron Nicolas Josset de Palaiseau, épouse en 1682 Catherine, fille de Denis Dorgère, vigneron de Villebon. En 1682 Jean Lamoureux, vigneron de Nozay épouse Jeanne Savalle, fille de vignerons. Quelques laboureurs : Jean Charpentier, dont le fils André a pour parrain Nicolas Potier de Novion en 1677 ; Martin Magny, laboureur de Choisel, marie son fils Louis en 1678 à " Elisabeth Laisné, fille du laboureur de Villebon Étienne Laisné ; Marguerin Roiet, laboureur d'Orsay marie son fils Claude à une Villebonnaise.

Les « parisiens »

Le seigneur honore des familles en parrainant leurs enfants. Villebon est fréquentée par des bourgeois de Paris, André Lefebvre, Louise de la Pille, Alexandre Catherin Cadeau, conseiller du roi, ou l'épouse de l'avocat Abel de Sainte Marthe. Des enfants non natifs de Villebon présentés comme « parisiens » sont enterrés à Villebon.

Pour l'Atelier d'histoire locale
et de valorisation du patrimoine
"Le temps des cerises"
de la MJC Boby-Lapointe
Pierre Gérard