La vie à Villebon au temps de Louis XIV - 7ème partie

Soldats de Villebon sur les mers du monde

La Succession d'Espagne

Louis XIV mena une guerre fondamentale contre la Ligue d'Augsbourg pour la domination de l'Europe (1680-1701). Il s'imposa contre les Habsbourg d'Autriche et les Britanniques pour placer sur le trône d'Espagne un roi d'origine française, Philippe V. Il ne fallut pas moins de 42 batailles navales. Le nouveau seigneur de Villebon en 1696, Hubert de Champy était un grand serviteur du roi, vieux routier des campagnes militaires, dont il était l'intendant général des armées du Levant. Dès 1676 il s'illustrait en Méditerranée à la guerre de Sicile, notamment lors de la bataille d'Agosta, où la flotte française était commandée par Abraham Duquesne. Puis dans la Manche aux batailles du cap Béveziers en juillet 1690, à la bataille du Large en 1691, de Barfleur en mai 1692, de Lagos en 1693, où Tourville commandait. Epuisé Hubert de Champy, l'ami de toujours de Colbert, chercha au château de Villebon une retraite bien méritée, mais il mourut à Brest en 1701, laissant son épouse Claude Dollet gérer ses affaires.

La conquête du Québec

En 1701 une autre campagne s'achevait outre mer par la Grande Paix. Louis XIV avait réalisé en Nouvelle-France depuis 1658 l'établissement de colonies de peuplement. Il avait dû affronter essentiellement les Iroquois. Les seules richesses de ces territoires américains au climat rigoureux, sont alors les fourrures de castor et la morue des bancs de Terre-Neuve et du golfe du Saint Laurent.

Dans ce conflit beaucoup de soldats méconnus vont s'éreinter à guerroyer et négocier. Il en est un dont il est difficile d'assurer qu'il est bien de notre Villebon. Pour autant il se nomme Joseph Robineau et porte le titre de sieur de Villebon. Né le 22 août 1655 à Québec, il décédera le 5 juillet 1700 au fort de Ménagouède, sur la Rivière Saint Jean. Il est un fils de René Robineau de Bécancour, de Saint Nicolas des Champs à Paris et de Marie Le Neuf, de Saint Sauveur de Thury-Harcourt, Normandie. De 1663 à 1680 il fait de longs séjours en France. Au Régiment des Dragons à Paris il obtiendra le grade de Capitaine. Le 5 septembre 1684 Villebon prend part à l'expédition de Joseph Antoine Lefebvre de la Barre contre les Iroquois. En juin 1689 il reçoit une compagnie de 45 hommes et s'installe à Port Royal. Il passera l'automne et l'hiver à Paris. En mai 1690 à La Rochelle il trouve des ravitaillements pour Port Royal et il revient en Nouvelle France sur son navire L'Union. Surprise : Port Royal a été pris par Sir William Phips et Villebon est attaqué par trois navires anglais. Il est à Québec en juillet, puis il retourne en France. Pendant ce temps son frère Daniel Robineau fait un prisonnier illustre à Québec, John Nelson.

Famille iroquoise

L'Acadie

En 1685 le sieur Joseph Robineau de Villebon avait assisté François-Marie Perrot, puis le gouverneur Louis-Alexandre des Friches de Menneval. En 1692 il construit le fort Saint Joseph à Nashwak sur la Rivière Saint Jean. En 1699 il relève le fort de Ménagouède, ancienne construction qu'avait bâtie Charles de Menou d'Aulnay en 1645. C'est là qu'il décédera en 1700, alors qu'il avait été nommé Gouverneur d'Acadie.

Plus tard un autre Québécois Charles-René Dejordy, sieur de Villebon (1715-1761) fit carrière comme militaire dans les troupes coloniales. En 1761, la confusion qui régnait après la conquête du Canada et de la Nouvelle-France l'obligea à partir de Montréal avec sa famille pour la France.

Le lac villebon

Le lac Villebon est situé près de Val-d'Or dans la Province de Québec. Il est connu pour ses grandes variétés de poissons, les dorés noirs, jaunes, et les barbottes. Il semble que ce nom vient de Joseph Robineau, sieur de Villebon. Ne serait-il pas intéressant de chercher à prendre contact avec nos « cousins » d'outre atlantique ?

La vie à Villebon au temps de Louis XIV - 8ème partie

« La santé… est le plus doux de tous les biens »

Des extraits de ce texte ont été publiés en septembre 2012, dans le magazine municipal "Vivre à Villebon" N° 137

C'est une belle surprise que de trouver au hasard des registres paroissiaux, l'expression personnelle du rédacteur sur ses contemporains. Entre le 23 mars et le 8 avril 1692, un texte de la main de Messire André Deseaux, prêtre curé de la paroisse de Villebon, ou de son vicaire Messire Léonard Gohier, est soudain inséré dans le « REGISTRE des BAPTESMES, MARIAGES & SEPULTURES », sur quatre feuillets, sans titre ni paraphe.
Est-ce la préparation d'un sermon, ou le résultat d'une réflexion sur les difficultés de la vie ? En tout cas l'auteur cite deux médecins de l'Antiquité, Hippocrate et Claude Galien, qu'il a étudiés, et il donne clairement son avis sur les différences qu'il constate entre riches et pauvres de son époque. Les premiers gaspillent parfois leur santé, « méprisant ce bien » et mourant « pour avoir trop mangé », les seconds, lorsqu'ils perdent la santé, eux et toute leur famille subissent « un double mal ». Il conclut pourtant en forme d'avertissement que les médecines « sont avantageuses à tous ceux qui en usent et mauvaises à tous ceux qui en abusent » !

L'original de ce texte est visible sur le site des Archives départementales de l'Essonne :

http://www.archinoe.net/cg91/registre.php

en sélectionnant la commune de Villebon-sur-Yvette, la cote de la collection communale et la période couvrant les années 1690 à 1748.

Les images de cet article sont publiées avec l'aimable autorisation des Archives départementales de l'Essonne.

Page 19 / 502

" on ne peut dire avec Justice que la santé
est la félicitez de cette vie, le plus riche trésor
du monde, le plus doux de tous les biens, et
l'assaisonnement agréable de toute chose, puisse
qu'elle donne la pointe et la vigueur et que
sans elle les plaisirs, les honneurs et les
richesses sont des biens inutils des chagrin
insupportable, et une source feconde de solicitude
et inquietudes "

" Mais ce qui est deplorable dans la possession
de ce bien, cest le mepris qui s'en fait par aux
mesmes qui sont remplis de tous les autre, et
qui pouvans gouter par la santé les douceur
de cette vie, les convertissent en amertumes
par la privation de ce bien, qui leur laisse an
sa place le degoust les douleur et les plainte,
ce qui arrivent, ou accause quil nest pas connu
au temps mesme quon le possede, ou quil est
regardez comme un beau tableau qui attire
bien a soy nos desirs par sa beautez, mais
qui par son prix, les arreste, quant on nous
demende se que nous ny voulons pas
enployer "

" Il est facile de juger que ce bien de la santez
nest accordé qua ceux qui usent de la temperence
et de sobretez qui sont les seuls qui possedent cet
abregez de tous les biens qui nest pas seullement
accause dune douse et agreable vie exempte de douleur
de maladie et de passions mais mesme de la longueur
de la vie ce qui a estez concû par le Sage quil assure
que plusieurs sont mort pour avoir trop mangez
mais que celui qui est sobre prolongera sa vie galien (1)
au chapitre premier livre des viendes de bon sucré
est de ce sentiment et montre que le moyen le plus
scure deviter les maladies est destre sobre se
quil confirme a sinquieme livre de la sante disant
que la sobrietez fait que ceux qui sont de foible
complexion des leur naissance arrive neanmoins a une
extreme vieillesse sans diminution de leurs sens
sans maladie et sans douleur ce qui est assez autorisé
par son experience et celle d ipocrate (2) puis quil ny a
gueres eu de personnes qui ayent reçu plus longtemps
et plus saainement par le benefice de la temperance
et les regle de la medecine que ces deux grand personnage "

(1) Claude Galien, médecin grec, 131-201, qui fit de grandes découvertes en anatomie et dont l'œuvre jouit jusqu'à la Renaissance d'une grande autorité.

(2) Hippocrate, médecin grec, 460-377 avant notre ère, son éthique est à l'origine du serment prêté par les médecins.

Page 20 / 502

" que si la temperance et la sobretez est lame de nostre
santez qui la concerve et prolonge nos iours pourquoy
est ce que les riches si amoureux de leurs santez
et des douceurs de la vie meprisent ce bien et le
prostitue a tant de choses qui le detruisent mais
plutos pourquoy est ce que les pauvres qui ne peuvent
presque avoir que ce bien en ce monde neglige tant
le moyen de le conserver car si les riches ont tant
dassistance dailleurs quant Il demeure malade
que peut on croire des pauvres lors qui sont une
fois privez de la santez car ils ne sont pas seulement
abandonnez aux plainte aux painne et aux douleurs
mais la famille est entierrement desolee et dautant plus
que nestant soutenue que par le travail elle est eloignee
de tout secours et de toute assistance
Si cest donc un mal aux riche de vivre sans cette
douceur de la santez cest un double mal aux pauvres
den soufrir la perte et de la vous jugerez que si le
medesin des pauvres leurs a fait iustice de chercher
les moyens de guerir leur infirmitez par des
remedes faciles a trouver et a preparer Il les obliges (3)
encores davantages de leur en fournir pour les conserver
en santez et les preserver de maladie "

(3) = il s'engage.

" Si jecrivois pour les riches et pour les personnes
qui ont tout a souhait Jauroit beaucoup de maximes
a leur donner pour les conserver en santez et parcourant
tout les chose que les medecin apellent non naturelles qui
sont avantageuses a tout ceux qui en usent et mauvaises
a tous ceux qui en abusent "

La vie à Villebon au temps de Louis XIV - 9ème partie

« Mystérieuses frises »

Le château de Villebon-sur-Yvette, transformé par Jacques Auguste de Thou, rebâti après un incendie par Nicolas Potier de Novion, possède un patrimoine caché. Les extérieurs, arcades et jardins, portent encore la marque de la modernité, quand l'intérieur a été très modifié. Pourtant près de la chapelle, deux salons du rez-de-chaussée conservent des murs peut-être décorés au XVIIe siècle. Serait-ce l'œuvre de Marguerite Potier (1685-1696), fille du seigneur décédé, ou de l'épouse d'Hubert de Champy, Claude Dollet (1697-1727) ? En tout cas la demeure villebonnaise était devenue un lieu de repos. Tout devait y concourir.

A la campagne

La vie à la campagne

Des peintures murales, disposées en frises hautes concourent à la notoriété des lieux. Elles figurent toutes des personnages vêtus à la manière romaine. Tentons de comprendre ce qu'elles expriment.
La première présente six femmes et un enfant s'approchant d'une maîtresse assise à sa table. Toutes les femmes portent le chignon. À gauche de la patronne qui les regarde un ange ailé et deux compagnes reviennent des jardins, portant haut une longue guirlande de fleurs ; elles vont déposer ces fleurs sur sa table qui accueille déjà des fruits, au sol un pot à eau. À droite une probable servante appelle une femme jouant d'une sorte de hautbois et une suivante portant un plateau de service. C'est probablement la vie heureuse de la famille à la campagne villebonnaise... depuis toujours.

Le boeuf ...

Le Boeuf gras

Les deux autres frises présentent des scènes antiques autour d'événements rituels. L'une montre quatre femmes en robes et deux enfants nus. Au centre un temple symbolique devant lequel est amené un bœuf couvert d'un feston, tel le bœuf gras du Carnaval, auquel un jeune garçon donne du foin à mâcher. À l'arrière une femme portant une lance sur l'épaule et un panier de la main gauche, la gardienne des vaches vraisemblablement, regarde une jeune femme qui donne à boire (du lait ?) à un enfant nu. À l'avant, deux femmes : l'une debout tenant les plis de sa robe, l'autre un genou en terre offrant une coupe. Ce rite du bœuf rappelle le plus ancien « marché aux bœufs » du forum romain.

... et la biche

La borne de fondation et la biche

La seconde scène antique est également agreste. Deux femmes et trois hommes, deux animaux : une biche et son petit qui tente de la téter. Au centre une grande borne parallélépipédique. À gauche une femme genou en terre boit au goulot d'une cruche, tandis qu'à l'extrémité droite une autre porte une jarre versante, symbole de purification ? Assis près de la borne, son ami(e) protecteur debout derrière lui, un homme mi-vêtu pose une main douce sur le râble du jeune chevreuil, pour le calmer, sa mère le regardant furieusement. A droite de la biche un grand homme nu s'appuie sur un gros bâton, un regard hésitant sur l'animal. L'homme fort doit-il abattre la biche ou le chevreau, à la demande du maître ? C'est la minute de vérité avant le sacrifice. Car il semble qu'il s'agisse d'un rite de fondation d'une ville. Serait-ce une allégorie de la fondation de Villebon ?
Jusqu'à plus ample information, ces oeuvres restent troublantes.

Pour l'Atelier d'histoire locale
et de valorisation du patrimoine
"Le temps des cerises"
de la MJC Boby-Lapointe
Pierre Gérard