La vie à Villebon au temps de Louis XIV - 10ème partie

La vie quotidienne à la fin du XVIIe siècle (1682-1702)

Les registres paroissiaux apportent des informations parfois cruelles. Ainsi le curé de Villebon dont nous avions lu les réflexions sur « la santé, le plus doux de tous les biens » en mars 1692, André Deseaux décédais deux ans plus tard, le 23 juillet 1694, âgé d'à peine 24 ans !

Une société dure envers les femmes et les enfants

Comparer deux périodes de dix ans nous renseigne sur la santé des Villebonnais, aisés ou nécessiteux. De 1682 à 1691, nous trouvons 312 actes de naissances, mariages et décès, alors que de 1692 à 1702 nous en trouvons 380 (+11 %), tandis que les naissances augmentent de 20 %, les décès jeunes (-5 ans) de 37 % ! Les mariages diminuent de 15 %, les décès augmentent : +35 %, dont près de 60 % de femmes... Fin de siècle très difficile pour les plus faibles à Villebon comme ailleurs en France : des mauvaises récoltes et les maladies se répandent (2 millions de morts) en 1693- 1694. Nous aurons pourtant une centenaire, Charlotte Gauthier en 1701.

L'instruction progresse très lentement

Les signatures mesurent le niveau d'éducation. De 1692 à 1701, 8 % de la population locale sait signer les actes, ce sont des anciens. En 1699 à l'inhumation d'une « nourissonne de Paris, âgée de trois mois » le bedeau ne sait pas signer. Le fermier de La Plesse, Antoine Laisné signe comme parrain en janvier 1699.

Les traces de la misère...

En mai 1699, le curé Jean Morisot écrit : « baptisée une fille d'une pauvre fille qui a accouché dans la paroisse [...] qui a déclaré être des œuvres d'un garçon du village [...]». En juillet 1697 a été baptisée « Françoise, fille de Theresa, étrangère et de père inconnu ». Probablement par un accident de chantier « Michel Gentil, de Basse-Marche, masson âgé de 38 ans, est mort si promptement que je n'ai su les noms de ses pères et mères, et inhumé en présence de son maître René Nereau et de ses camarades Amand Fouchon, Joseph Borindeloup, Léonard Fontailleur, qui ne savent signer ». En janvier 1695 « un pauvre passant est décédé dans une étable de la ferme de La Plesse où il reçoit les sacrements par le curé de Villejust » ; en mars 1694, un pauvre passant décède à La Plesse, on ne sait pas son nom.

La vie au château et dans les quartiers

En 1692, la Dame de Villebon, Marguerite Potier, reçoit ses amis lors du baptême d'Arnaud, fils de Jean Rinant, maître charpentier à Paris, époux de la Villebonnaise Magdelaine Poirier. Le pavillon de Lespaillé, à l'entrée du château, est habité par Martin et Louise Garouste, vignerons. En octobre 1694 est « inhumée dans la chapelle Sainte-Geneviève, Adrianne Vincent, femme de Jacques Philippot, jardinier de Mme de Villebon ». Arnaud Prieur en juillet 1695 a pour parrain « haut et puissant seigneur messire Arnaud de la Briche, chevalier, conseiller du roy ».

Les familles par quartiers. Aux Casseaux, Petit-Chartier, Feuillastre-Barre, Menage-Breton, Lançon-Picot, Jardin-Baudrouart, Largemeain, Prieur-Delaire, Lecoq-Midy, Vaumoins-Breton, Mauger, Lecoq-Pigeon, Racary, Maillot, Poirier-Lecoq, Grosset-Lecoq, Breton-Petit ;

L'actuelle rue du Moulin de la Planche

à La Roche, Leroy-Gardien, Baudrouart-Potain, Buisson-Racari, Lambert, Morel, Roger, Vinier, Dorgère-Gardien, Lamant, Merlin, Jousset (haute roche), Buisson-Aumaistre, Barre-Merlin ;

Le carrefour de la Roche

à Courtabœuf, Pignard ; à Villiers, Lamant-Massy, Moreau, Flament-Guillaume, Vallée-Houssée, Alois-Baudrouette, Prieur-Blondé, Garouste...

Le métier de vigneron est cité pour 15 familles. Vincent Barre, vigneron est chantre à l'église de Villebon ; un bûcheron, Fiacre Feuillastre ; un fagotteur, Pantaléon Le Cerre ; une couturière, Louise Mauger ; des manouvriers aux Casseaux ; et Honoré Blot, boulanger-pâtissier à la Basse Roche...

La vie à Villebon au temps de Louis XIV - 11ème partie

La vie quotidienne à la fin du XVIIIe siècle (1703-1712)

Un début de siècle éprouvant

La fin du règne de Louis XIV est catastrophique : Europe coalisée contre la France, guerre ruineuse en Espagne. La canicule de 1708 suivie d'un hiver rigoureux provoquent famine et surmortalité. Le roi perd son fils aimé, le grand Dauphin en 1711, son petit-fils duc de Bourgogne et son épouse Marie-Adélaïde, parents du futur Louis XV, enfin un arrière-petit-fils. La dette atteint 3 milliards. Le Roi crée un nouvel impôt le 1/10° en 1710. L'économiste écossais John Law suggère la création d'une banque à Paris, proposition rejetée en 1708 par le vieux roi Louis XIV.

Les « nourrissons de Paris »

Le curé Jean Morisot (1695-1718) est assisté du vicaire François Morisot, un parent ? de 1708 à 1711), ensuite vicaire à La Ville du Bois. Les bedeaux sont Jean Goujon (1703-1709), Pierre Varin (juillet 1709), François Prouvé (1710-1712). Pierre Barre, comme son père Vincent, est chantre de la paroisse. D'autres prêtres suppléent : René Lemarchand, Hector Bourges et Boulard (Villejust) en 1703, 1704 et 1707, Chanoine J. Champin (Palaiseau, 1704), doyen de Palaiseau Eluard (1710), le curé de Saint-Yon (1704), un prêtre irlandais D. Sullivan (mai-juin 1705), le prêtre Cellier (Champlan, 1706, 1711), le prêtre Hermon (1707) et François Morisot (1708 -1709).

Les registres paroissiaux montrent une explosion des naissances. 805 actes en 1703-1712 contre 405 en 1693-1702 ! Mais sur 299 enfants nés à Villebon 219 mourront jeunes, 144 à moins de 2 ans, 47 entre 2 et 5, 16 de 6 à 17 ans. S'y ajoutent les bébés « parisiens ». Combien sont confiés aux nourrices villebonnaises ? 76 « nourrissons de Paris » meurent à Villebon en dix ans, inhumés souvent en la seule présence du père nourricier... Des sages-femmes interviennent : Magdelaine et Marie Le Coq (1705-1712) et une « meneuse » des nourrices, correspondante locale des hospices, Geneviève La Hüe (1709).

L'actualité

Le Comte de Sérignan, chevalier de St Louis, gentilhomme ordinaire du prince de Conti, Guillaume de Lort, 74 ans, devient seigneur de Villebon en épousant le 1er février 1702 Dame Claude Dolet, 38 ans, veuve d'Hubert de Champy. La marquise de Villebon décède le 4 janvier 1711 et sera inhumée le 6 dans l'église St-Côme et Damien en présence des ecclésiastiques de Champlan, Villejust et Villebon.

Jacques Hardouin-Mansart, présent à Villebon le 24 mai 1706.

Outre Jacques Hardouin-Mansart, comte de Sagonne, fils et père de grands architectes, apparaissent des notables locaux : Deseaux, commissaire aux chasses, Charles Dorgère, huissier royal, Thomas Bachelier, procureur fiscal, Antoine Laisné, receveur de Villebon, Claude Desprez, receveur de la Plesse, Pierre Benard officier de la Bouche du Roy, Jean Casanove, maître d'hôtel du Comte de Serignan, Charles Godin, serrurier du Comte, Étienne Guillaume, greffier de Saulx, Charles Gourlier, lieutenant de Palaiseau, Claude Valet, soldat aux gardes du roi, mais aussi des vignerons (Innocent Garouste, Jean Buisson, Louis Bodilon...), Marin Haumon, sabotier, Jacques Le Bé, marchand oiselier, Louis et Pierre Biron, marchands boulangers, Margueritte Queleur, concierge du château, Philippe Lamant, hôtelier, Louis Chartier, manouvrier, Pierre Breton, journalier et un notaire Maître François Famechon...

La fin du siècle de Louis XIV - 12ème partie

Échanges « commerciaux »

La vie s'anime en ce début de XVIIIe siècle. Dès 1717 les registres précisent les métiers. Désormais il faut trouver des activités « rémunératrices » : 50 familles vigneronnes, 10 marchandes à Villebon. De nouveaux rapports entre citadins et ruraux modifient la vie et donc les mentalités.

Un Indien au village

Hubert de Champy (1629-1701) laisse son épouse Dame Claude Dollet régir les affaires. À Toulon, Intendant de marine, il mène la guerre de Sicile contre le Hollandais Ruyter, aux côtés de Duquesne et du roi (victoires d'Aliculdi et Agosta, 1676).

Le 7 mai 1701 il est enterré à Brest, église des 7 Saints.

Il avait installé au château de Villebon un singulier concierge, son filleul, dont le curé B. de Coigny (1718-1754) révèle les origines dans l'acte de décès du 23 juillet 1720 : « Hubert, Jacques Andiapas, Indien de nation, ayant été acheté à Brest par Hubert de Champy qui l'a tenu sur les fonds baptismaux (...) ». En 2012 Brest rappelait la Mémoire de la Traite, des esclavages et leur abolition. Probablement originaire des Mascareignes (La Réunion, Maurice), Hubert Andiapas (1678-1720) épousa Geneviève David, puis veuf, Anne Barre. Il eut 4 enfants et décéda à 42 ans.

L'an 1715 le « Richard 21 avril »

Le curé Jean-Baptiste Morisot a cette expression dans le registre paroissial. Pour fêter Côme de Médicis décédé le 21 avril 1574 ? Une référence à la maladie du Roi Louis XIV qui décède le 1er septembre ? C'est plutôt le jour de Pâques 1715 qu'il célèbre. Intuition des « siècles de l'argent » ?

Une Régence difficile

Philippe, duc d'Orléans prend le pouvoir le 2 septembre 1715, contre Louis-Auguste, duc du Maine. À Villebon Pierre Deseaux est officier du duc d'Orléans. Le duc et la duchesse du Maine sont, depuis 1700, seigneurs de Sceaux. La duchesse y reçoit une cour d'intellectuels. Elle a une fille du Sieur Villy, suisse : Marie, placée en nourrice chez Thomas Biliost, qui sera inhumée (1 mois) à Villebon le 12 février 1712. Le duc d'Orléans permet la banque de Law pour garantir les finances de l'État : il utilise le papier-monnaie, nouveau moyen d'échange.

La misère des petits enfants

Les parents, riches ou pauvres, travaillent à Paris et placent leurs enfants à la campagne, dans le Morvan, en Normandie, à Houdan, à Villebon... Le « père nourricier », vigneron ou marchand, vend ses produits aux Parisiens, qui confient leurs enfants (1 jour à 2 ans) à sa femme, nourrice de 2 enfants simultanément, contre rémunération. Elle doit aller à Paris chercher les nourrissons, les allaiter en chemin, avec la Meneuse, à Villebon Geneviève La Hüe (1658-1720), femme de Louis Le Coq. Le voyage, aller et retour en charrette est un supplice pour les bébés et les femmes. Surtout le sort des enfants est terrible. En 50 ans (1673-1722) cent familles villebonnaises gardent des « nourrissons de Paris » pour les « bourgeois de Paris » : sur 230 « parisiens » accueillis à Villebon, 162 décèdent ! Au XIXe siècle le biberon réduit le nombre des nourrices. La pratique s'arrête en 1914.

Nourrices et nourrissons en charrette dite "Purgatoire".

Par bonheur notre perception des enfants a radicalement changé. En 2013 les enfants peuvent être confiés aux bons soins des auxiliaires de puériculture des crèches municipales, à des assistantes maternelles agréées de la Crèche Familiale ou à des assistantes maternelles libres, soit environ 260 places sur la commune proposées par des professionnelles de la Petite enfance.

Pour l'Atelier d'histoire locale
et de valorisation du patrimoine
"Le temps des cerises"
de la MJC Boby-Lapointe
Pierre Gérard