Au temps de Louis XV - 1ère partie

DE LA RÉGENCE AU NOUVEAU POUVOIR (1723-1731)

Le 22 février 1723, à 13 ans le dauphin devient le roi Louis XV. Le duc d'Orléans régent décède le 2 décembre suivant. Sur le conseil de son arrière grand-père Louis XIV regrettant ses guerres, le roi confie le pays à son ancien précepteur le prudent cardinal de Fleury, 73 ans (juin 1726).

Villebon compte moins de naissances que de décès, les jeunes en représentant 63 %. Un exemple terrible : Martin Le Cocq et Anne Racarye, heureux parents de Cosme Martin, ont un 2e fils en janvier 1730. Anne, 28 ans, morte en couches, est inhumée le 3 janvier, le jour du baptême de Michel André, mort le 13 janvier.

La misère

Passant par le village ils se font inhumer : la fille de 3 ans, d'une femme de Corbeil demandant sa vie par le pays (1725) ; une pauvre femme de Dreux, 80 ans (1727) ; le bébé d'une mendiante d'Auxerre (1729) ; Blanchet, pauvre homme de Brétigny, mort dans une étable (1732) ; Marie Laperière, 80 ans, cherchant son pain par le pays, de Charanville près de Chartres (1732).

La ferme de La Plesse sur carte postale utilisée en 1908.

Les grands

Outre le notaire François Famechon (1673- 1735) et l'officier Pierre Deseaux, ce sont les collecteurs d'impôts : à La Plesse Charles Le Goix, à Bel Air Pierre David, au village Anthoine Laisné, puis David de Cauville, aux nombreux domestiques : Pierre Querandelle, Etienne Renault, Martin Moreau, Pierre Roncegné.

Le quartier du Bel Air et l'actuelle Avenue du Général De Gaulle au début du XXe siècle

La communauté des vignerons

103 familles très unies - 600 personnes, alliées à 9 familles de Palaiseau (Guézard, Hardi, Jouan, Fretay), Saulx (Bardou), Orsay (Marcheboust), Antony (Dorgère). La prépondérance de certains est perceptible : Angiboust (Casseaux), Merlin, Le Cocq, Mottu, Po(i)rier, Lamoureux, Lamant, Racarye, Chartier à Villiers. On remarque 5 laboureurs (David, Duchemin, Famechon, Legoix, Roux), 7 jardiniers, 8 bergers, 42 journaliers ou manouvriers, dont 11 accèdent au statut de vigneron. Et des maçons, tisserands, scieurs de long venus de Lyon (Le Rat, Couard, Chanlebon). À côté de Biron, boulanger à La Roche, Lamant, hôtelier, Tessier, cordier, Le Dreux, carrier, Piot, buraliste, Lançon, couvreur en chaume et 20 marchands : Michel Aboislard, Etienne Angiboust, Jean Bayard, Simon Bidard, Jean Binet, Louis Biron, Jean Bourdier, François Coudray, Pierre David, Didier Descourtis, Louis Fevrier, Martin Josset, André Lamant, Louis Lecrivain, Claude Le Merle, Jean Merlin, Nicolas Piot, Claude Robin.

Les Pertuis proches de Louis XV

Si son mari Charles Antoine est discret, la marquise, Dame de Villebon est servie par des officiers François Froissard, Gabriel Poullain, des femmes de chambre Pierrette Dulion, Marie Nicole Jusseaume, le domestique Louis Endiapas mort à 15 ans, jardiniers, concierges. Elle accueille aussi pour sa dernière demeure Antoinette Baquet inhumée le 3 mai 1724 dans la nef de l'église. Dite Parmentier, morte à 32 ans, elle était femme de chambre de Marie Adélaïde de Savoie, fille du duc de Savoie, mère de Louis XV.

Au temps de Louis XV - 2ème partie

Un nouveau pouvoir (1733-1742)

L'habileté du Premier ministre, le cardinal de Fleury donne à Louis XV, 23 ans, un prestige bien venu. Le Duché de Lorraine, confié à son beau-père Stanislas, ancien roi de Pologne abrité à Chambord, revient dans le giron français en 1735. Puis, médiateur du conflit entre les Habsbourg et les Ottomans, Louis « le Bien aimé » règle ce conflit en favorisant ces derniers, lesquels ouvrent à la France la primauté commerciale au Moyen-Orient. Mais la guerre de succession d'Autriche risque de tout changer...

Au village

Les actes diminuent de 2,5 % par rapport aux dix années précédentes, les baptêmes de près de 10 %, les décès restant nombreux, surtout parmi les très jeunes (124 sur 214) quand seulement dix hommes et treize femmes, parviennent à un grand âge (plus de 70 ans). Les nourrissons des bourgeois parisiens sont toujours accueillis par les familles pauvres de Villebon et ils y meurent toujours autant. Les rares jumeaux, ne vivent que quelques jours. Seuls les journaliers semblent fiers de leur métier, on trouve peu de vignerons, quelques maçons, cordonniers. Les mariages concernent pour un tiers des veufs, signe de vieillissement de la population et de recul du nombre d'habitants.

La Fabrique et le château

Le curé Basile de Coigny, plus présent que les précédents, structure la vie locale, entouré du bedeau François Promey et de deux chantres Pierre Barre et Guillaume Delaunay. En 1737 les registres paroissiaux sont améliorés. Les « marguilliers de l'œuvre », élus annuellement par les paroissiens pour gérer les finances de la fabrique, association paroissiale, sont François Goujon et Jacques Lemery, jardinier des Vallange. Le Marquis de Pertuis et sa femme se font rares, présents à un baptême le 9 juin 1737. Philippe Genier, chancelier de la Marquise de Pompone, parraine un enfant en juin 1740. Le concierge du château, Nicolas Jusseaume, décède en 1733.

Depuis quatre siècles, les jardiniers travaillent au château et pour d'autres domaines de Villebon.

Quel avenir ?

Pourtant de nouvelles familles apparaissent, des personnes aisées qui s'installent à Villebon : Savy, Vallange, de Brie, Baillard, Bénard, Prieur, Gerson. Ce sont des cadres des administrations royales, des marchands (Lemerle), des officiers de chasse, comme René Baudon, auprès du seigneur d'Orsay. Les liens entre communes semblent augmenter, ce qui promet une évolution.

Au temps de Louis XV - 3ème partie

les terres de la seignerie de villebon

Les archives historiques de la Mission Saint-Vincent-de-Paul, rue de Sèvres à Paris, contiennent des informations sur la « dénomination des terres » en 1734. Nous y trouvons des noms de lieux-dits anciens, pour certains disparus, pour d'autres orthographiés différemment.
De 1662 à 1737, Nicolas Simon Arnauld de Pomponne a été marquis de Pomponne (village de Seine-et-Marne). Il est de la famille Arnauld, les jansénistes de Port-Royal. Il est propriétaire de trois arpents de prés en la prairie de Villebon, donc au bord de la rivière l'Yvette, au lieu-dit « Les prés de Reguain » entre la rivière et la morte rivière.
Les Religieux Chartreux de Saulx dépendent d'un ordre fondé en 1084 par saint Bruno. Ils sont présents à Saulx depuis 1122 et ils céderont leurs terres aux habitants en 1764. En 1734, les Religieux détiennent à Villebon un tiers d'arpent de pré dans la prairie de Villebon, à l'est près de terres de M. de Palaiseau, à l'ouest près de propriétés des Religieux de Saint-Victor (Paris), tenant à la rivière au sud.

L'église de Saulx-les-Chartreux sur carte postale du début du XXe siècle

Les Religieux de Saint-Victor. Cette abbaye fondée en 1108 par Guillaume de Champeaux fut une des plus illustres par son rayonnement intellectuel. Ils possédaient à Villebon un tiers d'arpent de pré touchant au nord à la propriété de Mme de Villebon (la marquise de Pertuis), et deux arpents de prés près du « Reversoir ».
Mme de Villebon est propriétaire de sept quartiers de prés en la même prairie au lieu-dit appelé « le Reversoir », tenant à l'est au « Houtieau de Saint-Gervais », probablement un « hôtel », une maison qui pourrait être une propriété de saint Gervais de Paris, dont l'existence est attestée dès la fin du IVe siècle. Elle détient aussi six arpents au lieu-dit « Grand Reguain » près des terres de Saint-Victor et aux prés de l'église de Champlan au nord.
La seigneurie de Villebon possède à cette époque de nombreuses parcelles louées à des Villebonnais. Celles-ci sont situées au Bas de Beaumont, à Beaumont, à Pierre Longue, à Regard, à Pain Perdu, au Terroir de Villiers, aux Plantes de La Roche, au Potager, au Bois Dargis (ou Bourgogne), notamment un « chantier » sous les bois de Beaumont, à Fontaine de Gelles et aux Casseaux (sous Villefeu), enfin à « Gasleines » (devenu Galène).

Pierre-Longue - Rue de Villiers sur carte postale.

Au temps de Louis XV - 4ème partie

La vie à Villebon entre 1743 et 1752

Le saviez-vous ? Une nouvelle maladie nommée la grippe apparaît à Paris en mars 1743... et Louis XV déclare la guerre à la Grande-Bretagne et à l'Autriche. En 1746, il prendra Bruxelles. 1745-1752, la répression contre les protestants reprend... Trudaine et Perronet créent l'École des ponts et chaussées... 1749, émeutes contre la faim à Paris, 1750, la marche sur Versailles est réprimée, obligeant Louis XV à construire une route Compiègne-Versailles pour éviter Paris... L'impôt du 20e créé en 1749 (5 % sur tous les revenus) est refusé par le clergé en 1750. 1751, l'École militaire est créée, le 1er volume de l'Encyclopédie paraît, interdite en 1752 par Louis XV...

Premier tome de l'Encyclopédie.

La vie, la mort

À Villebon, une comparaison avec les dix années précédentes montre l'augmentation sensible des décès (+ 14 %) dont les - 10 ans (+ 27 %). 61 nouveau-nés meurent (plus de 25 %), avec les - 10 ans, 149 décès (61 %), 48 garçons et 40 filles ; 4 % décèdent entre 12 et 29 ans, à égalité garçons/filles. À partir de 30 ans, les décès des femmes sont triplés (5 hommes, 14 femmes, dont 5 en couches). Entre 45 et 65 ans, 18 hommes et 15 femmes ; de 66 à 72 ans, 1 homme, 8 femmes ; un homme de 86 ans, un homme de plus de 90 ans.
Les hommes naissent plus nombreux (56 %) mais ils meurent plus jeunes, presque tous avant 60 ans, dont l'un d'eux, Pierre Monceau, en chutant d'un arbre. Les femmes meurent nombreuses entre 25 et 34 ans (18 contre 7 hommes), mais vivent plus longtemps, jusqu'à 72 ans. Les années à forts décès sont 1743 (35), 1744 (34), 1746 (36), contre une moyenne de 18 les autres années. De 1736 à 1739, nous comptions en moyenne 32 décès annuels.

Les enfants en nourrice meurent nombreux : des Parisiens (marchand limonadier ou mercier, teinturier, peintre, épicier, musicien, maître fondeur, salpêtrier, marchand de bottes, officier du Roy, commis des vins et eaux-de-vie, quincaillier), vigneron de Chilly, jardinier de Thiais, perruquier à Longjumeau, d'Antony ou d'Arcueil.

Au château, Jean Lempereur est concierge, Jean Lambert fermier. Messire Charles de Pertuis et dame Claude de Betz, seigneurs de Villebon, marient leur fille damoiselle Charlotte, Françoise, le 7 janvier 1744, à messire Jacques Dainel, marquis de Monlicol. Le seigneur d'Orsay Pierre Arnault Dufort est parrain de Marie Ducangue en 1748.

Au village, de nouvelles familles : Coudray, Papillon, Gallot, Cossonet, Fouville, Gerson, Ballou, Blain, Halouze, Marchedie, Lanson, Oville. Le fermier de la Plesse se nomme D'Arcagne, le jardinier Jacques Lemery perd sa femme Elizabeth Monceau à 32 ans. André Gervais, maître de poste pour le Roy à Longjumeau, épouse Nicolle Jusseaume. Antoine Lamant est tisserand. Philippe Le Rat est bedeau à l'église. Le curé est toujours M. de Coigny.

Pour l'Atelier d'histoire locale
et de valorisation du patrimoine
"Le temps des cerises"
de la MJC Boby-Lapointe
Pierre Gérard